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Xerfi Canal présente l'analyse d'Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi
C'est une image très nette, parfois caricaturale que le foot nous renvoie des économies européennes. Les disparités géographiques à l'intérieur même des pays se dessinent ainsi très clairement. Deux exemples pour bien comprendre. L'Italie d'abord. L'économie italienne, on le sait, se caractérise par de forts contrastes entre le Nord très industriel et très développé, le Centre, autour de Rome, et le Sud, le Mezzogiorno, plus rural, plus pauvre avec un PIB par habitant qui représente à peine plus de 55% de celui du Nord. Le foot pousse à l'extrême ces déséquilibres géographiques. Déjà, parmi les clubs qui jouent en 1ere division : pour la saison actuelle, 17 des 20 équipes viennent du Nord et du Centre. Côté palmarès, les disparités sont encore plus marquées. Sur les 67 titres attribués depuis la saison 45/46, 3 seulement ont été remportés par les équipes du Mezzogiorno, 6 par celles du Centre. Les 58 autres ont été raflés par les clubs Nord, c'est près de 9 sur 10. Au Royaume-Uni, l'économie est ultra-dominée par Londres et sa région, première puissance métropolitaine européenne, avec un PIB estimé de 731 milliards de dollars. C'est 29,3% du PIB britannique ! Une hypertrophie que l'on retrouve parfaitement dans le nombre de clubs londoniens de la 1ere League : 6 sur 20 pour la saison 2013/2014, soit 30%. Révélateurs des disparités géographiques, le foot est aussi un indicateur de l'état de santé relatif des économies. Sur les 14 titres de champion d'Europe depuis 2000, 8 sont revenus à l'Europe du Sud dont 5 aux seuls clubs espagnols. Cela n'a rien de surprenant, l'Espagne était jusqu'en 2008 l'économie triomphante de l'Europe avec un PIB en hausse de 3,1% en moyenne par an. Mais la grande récession est passée par là et c'est maintenant l'Allemagne, l'homme fort de l'Europe. Et ce n'est finalement pas un hasard si la dernière finale de la ligue des Champions a vu s'affronter le Bayern de Munich et Dortmund, 2 clubs allemands victorieux en demi-finale de 2 clubs espagnols. Des clubs espagnols qui n'ont pas disputé de finale depuis 2 ans. Enfin, le foot nous dit aussi des choses sur les modèles économiques des pays. Le succès économique espagnol s'était construit sur une bulle de l'endettement privé (entreprises et ménages). Une bulle qui a culminé jusqu'à représenter 200% du PIB vers la fin des années 2000. Le Royaume-Uni s'est inscrit dans la même logique alors qu'Italiens, Allemands ont été plus sages. Le taux d'endettement des clubs de foot nous en donne l'exacte réplique avec d'un côté un ensemble formé de la 1ère league anglaise et de la liga espagnole très endetté, et de l'autre la très sérieuse Bundesliga allemande. Et ce n'est certainement pas un hasard non plus si les clubs allemands sont financièrement les plus solides. Avec en plus cette particularité: les recettes de la billetterie forment la principale source de revenus des clubs allemands, des recettes bien moins volatiles que celles des droits de diffusion, principales sources de revenus des clubs européens. Et la France ? Et bien la France c'est totalement différent. D'abord on ne retrouve pas, mais alors pas du tout l'hypertrophie de la région parisienne ni dans les clubs de l'élite ni dans leurs palmarès. En fait seul le Paris Saint Germain fait partie de façon récurrente à la 1er division depuis les années 70 et le PSG c'est trois titres seulement contre 10 pour Saint-Etienne (une ville de moins de 200 000 habitants) et 9 pour l'Olympique de Marseille. Alors que dans la majorité des championnats, les titres se concentrent sur une poignée de clubs, le championnat français a connu 6 vainqueurs différents sur les 6 dernières saisons. Cet éparpillement est évidemment un frein et ne permet pas de faire émerger les 2 ou 3 clubs capables de rivaliser dans le temps avec les grands d'Europe. Autre particularisme, l'existence d'une commission chargée de surveiller les comptes des clubs de football professionnels. Et en cas de manquement, les pouvoirs de ce super-comptable peuvent aller jusqu'à la rétrogradation en passant par l'interdiction de recruter de nouveaux joueurs. C'est unique en Europe et ce n'est pas un hasard si les clubs français sont les moins endettés. Mais la vertu financière ne fait pas forcément bon ménage avec les résultats et la France c'est uniquement 1 titre de vainqueur de la ligue des Champions en 1993. Une bizarrerie pour un pays réputé pour la formation de ses jeunes joueurs. Des joueurs qui font la plus part du temps le bonheur des clubs étrangers : 39 joueurs français jouent ainsi régulièrement cette saison dans la 1er division anglaise, 14 en Espagne comme en Italie, 7 en Allemagne. C'est donc 74 joueurs français qui ont intégré les 4 championnats majeurs. C'est un cas unique en Europe. Le foot français est une exception et si ses résultats ne sont pas à la hauteur c'est aussi parce qu'il n'est pas tombé dans les mêmes dérives que de nombreux clubs étrangers. Mais peut-on réellement lui reprocher ?
Alexandre Mirlicourtois, Football : l'exception française, une vidéo Xerfi Canal
Publié le jeudi 21 novembre 2013 .
5 min. 17
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